Une lecture qui m’a vraiment marquée, notamment parce qu’elle nous plonge dans l’histoire du point de vue de la femme du monstre. Et c’est justement ce point de vue qui rend ce récit aussi dérangeant qu’intéressant.
⚠️ Trigger warning : ce livre est cru. Certaines scènes sont particulièrement difficiles.
L’accroche
Un récit court, brutal et terriblement addictif, porté par une narration à la première personne qui donne l’impression que cette femme est assise en face de nous et nous raconte directement son histoire. Et quand on sait que Jacques Expert a enquêté pendant plusieurs mois auprès de cette femme et qu’une grande partie de ce qu’elle raconte correspond à ce qu’elle a réellement vécu… ça fait froid dans le dos.
Un récit qui pose surtout une question essentielle : peut-on réellement tout voir, tout comprendre et tout savoir de la personne avec laquelle on partage sa vie ?
De quoi ça parle
À vingt-deux ans, elle épouse celui qu’elle considère comme l’homme de sa vie. Elle admire sa force, son charme, son assurance.
Pendant seize ans, elle est une épouse dévouée, une mère attentive, une femme ordinaire, une bonne voisine… une femme sans histoire.
Jusqu’au jour où la police vient arrêter son mari. Car l’homme qu’elle aimait est en réalité un monstre.
Et soudain, tout le monde veut savoir. Comment n’a-t-elle rien vu ? Comment a-t-elle pu vivre seize ans avec lui sans comprendre ? Et surtout… peut-elle réellement ne rien avoir su ?
Mon avis sincère
La première chose qui m’a complètement embarquée, c’est la narration à la première personne. Elle nous raconte son histoire comme si elle nous parlait directement. Il n’y a quasiment aucune distance. Et ça fonctionne terriblement bien. On a vraiment l’impression d’être avec elle, de l’écouter raconter ce qu’elle a vécu, ses souvenirs, ses doutes, ses réactions… Et cette proximité rend certaines scènes particulièrement difficiles à lire.
D’autant plus que Jacques Expert m’a confirmé personnellement avoir enquêté pendant quatre mois auprès de cette femme. Tout n’est évidemment pas à prendre comme un témoignage brut puisqu’il s’agit d’un roman, mais ce qu’elle a vécu et les éléments qui ont nourri le récit sont bien réels. Et ça change complètement la façon dont on reçoit certaines choses.
Ce livre est cru et certaines scènes sont particulièrement difficiles. On ne nous épargne pas grand-chose. Mais c’est aussi ce que j’ai aimé. Jacques Expert va droit au but. Bon… avec seulement 220 pages, il n’a pas vraiment le temps de tergiverser 😂 mais surtout, c’est exactement le style que j’aime. Pas de bla-bla inutile. Pas de longues descriptions. On avance. On écoute cette femme. Et on prend les informations en pleine figure.
J’ai également beaucoup aimé sa personnalité. Elle est drôle, sarcastique, parfois surprenante. Elle raconte son histoire de manière très brute, sans chercher à rendre les choses plus jolies qu’elles ne le sont. Et surtout, j’ai trouvé très intéressant de découvrir le point de vue de la femme qui a vécu aux côtés du prédateur.
Parce que tout n’est pas forcément aussi simple que : victime / coupable, innocent / monstre, savoir / ne pas savoir. Il y a énormément de nuances. Et c’est justement ce que le roman réussit à montrer. On peut être amené à se poser énormément de questions sur cette femme, sur ses choix, sur ce qu’elle savait réellement et sur ce qu’elle était capable de voir ou non. Et personnellement, c’est ce genre de réflexion que j’aime retrouver dans mes lectures.
Avec ses 220 pages, La Femme du monstre est typiquement le genre de livre que l’on peut lire d’une traite. Et c’est exactement ce que j’ai fait. C’est court, direct, addictif et particulièrement efficace. Je pense même que son format est une force : Jacques Expert ne s’éparpille pas et nous emmène directement là où il veut.
Ce qui m’a le plus perturbée, c’est finalement le réalisme de l’ensemble. Parce qu’au-delà du monstre, on découvre aussi la vie quotidienne d’une femme qui partage son existence avec lui. Une vie qui paraît normale. Une famille. Des enfants. Des voisins. Des habitudes. Et puis un jour, tout s’écroule. Ça m’a d’ailleurs beaucoup fait penser à certaines affaires récentes qui ont profondément marqué l’actualité, notamment par la question du regard porté sur l’entourage d’un prédateur.
Comment peut-on ne pas voir ? Et si on voit quelque chose… à partir de quel moment comprend-on réellement ce que l’on voit ?
Pour qui ?
À lire si tu aimes les récits inspirés de faits réels, les romans courts et très rythmés, les histoires racontées à la première personne, si tu cherches un récit qui te fait réfléchir sur la frontière entre victime, témoin et complice, ou si tu aimes Jacques Expert. Dans le même registre, Je suis Amélie Lenglet reste un autre grand Expert que j’ai adoré.
Passe ton chemin si tu es sensible aux violences et aux situations particulièrement cruelles, si tu recherches un thriller psychologique classique avec une enquête policière au premier plan, ou si les récits très crus te mettent mal à l’aise.
Verdict
Une lecture glaçante que j’ai dévorée. Jacques Expert nous plonge dans la tête d’une femme qui a partagé seize années de sa vie avec un monstre, et le plus troublant est peut-être de constater que la réalité n’est jamais aussi simple qu’on voudrait le croire.
Âmes sensibles, vraiment : accroche-toi. 🥶
La chronique en vidéo
90 secondes pour t'en parler
Regarder la chronique →Du meme auteur