Ce qui dort sous le camélia

Claudie O. Wetterwald
4/5

Une lecture qui m’a beaucoup intriguée et qui, derrière une histoire de panne d’électricité et de procès hors norme, pose finalement des questions bien plus profondes sur la survie, la justice et les limites de l’être humain.


L’accroche

Un roman dystopique et profondément humain, porté par une plume que j’aime toujours autant. J’ai beaucoup aimé l’idée de départ : une panne d’électricité mondiale qui dure plusieurs mois, un monde qui s’effondre progressivement et, des années plus tard, 254 femmes alignées sur les bancs des prévenues d’un procès hors norme. Pourquoi sont-elles là ? Qu’ont-elles fait pendant le Désastre ? Et surtout… qu’aurions-nous fait à leur place ?


De quoi ça parle

Tout commence après le Désastre. Une panne d’électricité mondiale plonge le monde dans le chaos pendant plusieurs mois. Plus d’électricité. Plus de repères. Plus vraiment de société telle qu’on la connaît. Et pour survivre, il faut apprendre à faire sans.

Des années plus tard, 254 femmes sont réunies dans un immense stade pour un procès exceptionnel. Parmi elles se trouve Lisenn Delors, défendue par son avocate, Rym Kettani. Deux femmes. Deux histoires. Deux temporalités. Et surtout, une question qui plane dès les premières pages : qu’ont-elles bien pu faire pour se retrouver accusées du pire ?


Mon avis sincère

Je retrouve avec beaucoup de plaisir la plume de Claudie O. Wetterwald. Elle est fluide, accessible et très agréable, et malgré la complexité de la construction, je n’ai jamais eu de difficulté à suivre l’histoire. La narration à la première personne fonctionne particulièrement bien pour nous rapprocher des personnages et nous faire vivre cette période de chaos de l’intérieur.

On alterne entre Rym et Lisenn, mais également entre plusieurs temporalités. Et il faut être assez attentif parce qu’il y a beaucoup de personnages et énormément d’informations. Pourtant, j’ai trouvé cette construction vraiment intéressante. Dès le départ, on sait que 254 femmes sont jugées, mais on ne sait pas réellement pourquoi. Et forcément… je veux savoir. 😂 Petit à petit, les pièces du puzzle commencent à s’assembler et l’autrice nous dévoile ce qui s’est réellement passé pendant et après le Désastre.

C’est probablement ce qui m’a le plus marquée dans cette lecture. Comment survivre sans électricité pendant plusieurs mois ? Que devient notre société lorsque tout ce qui nous paraît acquis disparaît du jour au lendemain ? Comment se nourrir ? Comment se protéger ? Comment faire fonctionner une justice lorsque les règles du monde d’avant n’existent plus ? Et surtout… jusqu’où serions-nous prêts à aller lorsque la faim et la peur prennent le dessus ?

C’est fascinant parce que, même si nous sommes dans une fiction, je n’ai pas arrêté de me dire : « Et si ça arrivait réellement ? » Et franchement… ça fait peur.

J’ai beaucoup aimé le début. C’était rythmé, intrigant et je voulais absolument comprendre où l’autrice voulait nous emmener. Mais arrivé à la moitié… j’ai commencé à m’ennuyer un peu. Je continuais à être intriguée, mais j’avais parfois envie de dire : « Mais vas-y, abrège frère » 😂😭 clairement, je manquais un peu de patience. Certaines parties auraient, selon moi, pu être raccourcies pour conserver davantage de rythme. Et même si la fin m’a permis de ressortir avec une meilleure impression du roman, il m’a tout de même manqué quelques détails que j’aurais aimé voir davantage développés. J’aurais aimé aller encore plus loin dans certaines conséquences du Désastre et dans ce que cette nouvelle société implique réellement.

Au-delà de l’intrigue, j’ai trouvé très intéressant de voir comment le monde d’après le Désastre transforme complètement les rapports humains et la justice. Les règles changent. Les priorités changent. Les valeurs changent. Et ce qui était impensable avant peut soudain devenir nécessaire pour survivre.

C’est finalement là que le roman devient particulièrement intéressant : il nous pousse à nous interroger sur nos propres limites. À partir de quel moment la survie peut-elle justifier l’impensable ? Et est-ce qu’on peut réellement juger quelqu’un qui a vécu ce que nous n’avons jamais eu à vivre ?

Une fois le livre terminé, mon ressenti est finalement bien meilleur que ce que je pouvais imaginer à la moitié. Oui, j’ai trouvé quelques longueurs. Oui, j’aurais aimé que certains éléments soient davantage développés. Mais j’ai vraiment apprécié cette histoire et surtout les questions qu’elle soulève. Ce n’est pas un coup de cœur, mais c’est clairement une lecture qui fait réfléchir. Et je pense que c’est aussi ça que j’aime dans ce genre de roman : refermer le livre et continuer à y penser après.


Pour qui ?

À lire si tu aimes les romans qui mélangent anticipation, société, survie et psychologie, si tu aimes les histoires qui partent d’une situation catastrophe pour réfléchir à ce que deviennent les hommes lorsque les règles habituelles disparaissent, et surtout si tu aimes les romans qui te font te demander : « Et moi, j’aurais fait quoi ? »

Passe ton chemin si tu recherches un thriller avec beaucoup d’action et un rythme effréné du début à la fin. Ici, l’autrice prend le temps de développer son univers et ses personnages. Dans ce cas, file plutôt vers ma sélection de thrillers courts à dévorer en un week-end ou explore le hub catastrophe pour d’autres histoires d’effondrement.


Verdict

Pas un coup de cœur, mais une très belle lecture et surtout une vraie leçon. J’ai aimé me perdre dans cette histoire, réfléchir aux conséquences du Désastre et me demander jusqu’où je serais capable d’aller pour survivre.

Et finalement, c’est peut-être ça que je retiendrai le plus de ce roman : quand tout s’effondre autour de nous, qui sommes-nous réellement ?

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